Évaluer son prestataire web avec l’IA : cinq prompts concrets

Chaque mois, vous recevez un document. Des courbes qui montent, des mots que vous ne dites jamais à voix haute, une ligne de conclusion rassurante. Vous le rangez. Vous ne savez pas si ce que vous avez payé vaut ce que vous avez payé, et vous ne posez pas la question : la poser reviendrait à admettre que vous n’avez pas compris.

Ce n’est pas votre travail de comprendre : c’est à celui qui écrit le rapport de se faire comprendre. En attendant, vous disposez d’un outil qui lit ces documents mieux que vous, et qui ne craint pas de passer pour un ignorant.

Une précaution. Une IA ne sait pas si votre prestataire est bon : elle ne connaît ni votre marché, ni votre contrat, ni ce qui s’est dit au téléphone. Ce qu’elle fait remarquablement bien, c’est repérer ce qui n’est pas dit. Retirez du document ce qui est confidentiel — identifiants, données clients — avant de coller quoi que ce soit.

1. Séparer ce qui a été fait de ce qui a été raconté

Le premier, souvent le seul nécessaire.

Tu es un dirigeant de PME sans compétence technique en web.
Je te colle le rapport mensuel de mon prestataire.
Fais quatre listes, sans rien inventer et sans combler les trous :
1. Ce qui a été FAIT ce mois-ci : une action, avec sa date ou son livrable.
2. Ce qui est seulement MESURÉ ou CONSTATÉ : un chiffre, une courbe.
3. Ce qui est une INTENTION pour plus tard.
4. Les phrases qui ne rentrent dans aucune des trois listes.
Pour chaque élément, cite la phrase exacte du rapport dont il vient.
Rapport :
"""
[collez le rapport ici]
"""

La quatrième liste est celle qui vous intéresse. Si elle est longue, le rapport est long parce qu’il fallait qu’il soit long. Et si la première liste est vide trois mois d’affilée, vous ne payez pas un travail, vous payez une surveillance.

2. Faire remonter les questions qu’on ne vous a pas posées

Voici le rapport mensuel de mon prestataire web.
Mon entreprise : [deux phrases sur votre activité, vos clients, votre zone].
Quelles sont les cinq questions qu'un dirigeant devrait poser après avoir lu
ce rapport, et auxquelles le rapport ne répond pas ?
Pour chacune, explique en une phrase pourquoi la réponse compte pour mon
chiffre d'affaires. Ne propose aucune solution : uniquement des questions.
Rapport :
"""
[collez le rapport ici]
"""

Vous arrivez au prochain point avec cinq questions écrites. C’est la différence entre subir une réunion et la mener.

3. Comparer trois mois d’affilée

Un rapport isolé ne dit rien. Trois rapports à la suite disent beaucoup.

Voici mes trois derniers rapports mensuels, dans l'ordre chronologique.
Réponds à quatre questions, en citant les phrases sur lesquelles tu t'appuies :
- Qu'est-ce qui a réellement changé d'un mois sur l'autre dans les actions ?
- Quelles phrases sont répétées presque à l'identique ?
- Quel indicateur a été mis en avant un mois, puis abandonné le mois suivant ?
- Un objectif annoncé au mois 1 a-t-il été tenu, oublié, ou remplacé ?
Mois 1 : """ ... """
Mois 2 : """ ... """
Mois 3 : """ ... """

L’indicateur abandonné est le plus parlant. Quand un chiffre disparaît d’un rapport, ce n’est presque jamais parce qu’il est devenu inintéressant.

4. Lire un devis comme un comptable

À utiliser avant de signer, ou au moment de renouveler.

Voici la proposition commerciale d'un prestataire web.
Pour chaque ligne facturée, dis-moi :
- ce que je reçois concrètement à la fin (un fichier, une page, un accès,
  un rendez-vous), ou écris « livrable non précisé » ;
- s'il s'agit d'un travail ponctuel ou d'un abonnement ;
- ce qu'il me reste si j'arrête le contrat dans six mois.
Termine par la liste de ce que ce devis ne couvre pas et que je vais
probablement devoir payer en plus.
Proposition :
"""
[collez le devis ici]
"""

« Ce qu’il me reste si j’arrête » est la question qui fâche, et c’est la plus utile. Le nom de domaine, les accès à la Search Console et à Google Analytics, les textes de votre site : tout cela doit être à votre nom. Si la réponse est floue, ce n’est pas un détail administratif, c’est votre sortie de secours.

5. Vérifier une affirmation technique, une par une

Mon prestataire m'a écrit ceci : « [recopiez la phrase exacte] ».
Explique-moi en français courant ce que ça signifie.
Puis dis-moi si c'est une affirmation que je peux vérifier moi-même, et si
oui, comment, étape par étape, sans outil payant.
Si ce n'est pas vérifiable de mon côté, dis-le franchement au lieu de
proposer un contournement.

Beaucoup de choses sont vérifiables en quelques minutes. La Google Search Console est gratuite, et c’est votre compte : vous devez y avoir accès, pas seulement en entendre parler. Si vous voulez un état des lieux indépendant, c’est ce que fait un audit flash.

Ce que ces prompts ne feront pas

Ils ne jugent pas la compétence de votre prestataire. Une IA peut inventer une explication parfaitement plausible : c’est pour cette raison que chacun des prompts ci-dessus lui demande de citer la phrase d’origine. Si elle ne peut pas citer, elle a brodé.

Ils ne remplacent pas l’accès aux comptes. Un tableau de bord fait maison n’est pas une source : c’est un récit. La source, ce sont les outils de Google, gratuits.

Et si tout est en ordre

Alors gardez votre prestataire, et dites-le-lui. La plupart de ces questions, un bon professionnel y répond avec plaisir : elles montrent qu’on s’intéresse à son travail. L’agacement, lui, est une réponse aussi — il vous apprend quelque chose que le rapport ne vous apprendra jamais.

Dans mon propre usage, l’IA ne sert pas ici à trouver une faute. Elle sert à retrouver le vocabulaire : celui qui permet de discuter d’égal à égal avec quelqu’un dont vous financez le travail. C’est la règle que je m’applique sur chaque stratégie de référencement : ce que je fais doit pouvoir être expliqué au dirigeant qui le paie.

Et si cinq questions restent sans réponse, trente minutes suffisent à savoir quoi en faire.

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